30.10.2005

Lorsque je change les meubles de place

Par : Anthéa Moderne

Il est de ces décisions qui vous changent de façon définitive le cours d'une journée passablement calme, à priori (ah le latin et son inimitable marque d'élitisme linguistique).

Je dis à priori parce qu'à posteriori, c'est justement pas du tout pareil, à fortiori une fois la décision prise "in petto" entre nous et nous même à l'écoute d'un cd de Patrick Fiori (non, ça c'est pas du latin, mais une inimitable marque de singularité musicale, peu élitiste nous en convenons, et d'ailleurs peu écoutable, finalement).
Moi même, ce matin, me suis faite prendre (ah si seulement cette phrase pouvait se terminer ici même) par le jeu des décisions que l'on prend sans en connaître les conséquences : multiples, importantes, inéluctables.
J'ai décidé de changer mes meubles de place, dans l'espoir de féminiser, organiser et nettoyer mon intérieur quelque peu délaissé ces derniers temps,à l'instar de mon extérieur, totalement en friche. Ceci étant dit, il faut bien reconnaître que ça fait bien une ou deux semaines que je fais rien d'autre qu'à dormir et manger (quant à ces féroces soldats, c'est pas pour cafter mais ils font rien qu'à mugir dans nos campagnes ... (c) mon PD chéri mon amour).

Ce que je fis.

Ce faisant (évolution des verbes en totale cohérence avec le rythme du récit, ça c'est un petit coup de pouce au cas où dans un avenir plus ou moins lointain post-mortem, des étudiants en lettres modernes seraient amenés à faire une étude de texte linéaire. Pour la thématique, se reporter au chapitre suivant en gardant en mémoire que les grands thèmes abordés par l'auteur sont relativement immuables et immuablement relatifs à sa vie personnelle, mégalomane étant ici, le mot qui convient, nous vous souhaitons bonne chance pour votre soutien de thèse cher studieu(se)x) je me rendis malade et compte que (et hop, un zeugma) mes meubles n'étaient pas adaptés à mon vouloir de la situation (ici, la figure de style ne porte pas de nom c'est un néo-illogisme).
Ainsi, alors que j’étais déjà bien fourbue, mes meubles se trouvant tous au milieu du salon, je décidai de me rendre au Ikéa le plus proche afin de mettre un peu plus en péril ma situation financière par l’acquisition de quelque bibliothèque de bon aloi, voire une commode, parce qu’une commode, c’est beau, en plus d’être pratique (non, vous pensiez pas que j’allais écrire commode, attendez, un auteur de cette classe ne s’abaisse pas à un vulgaire phototype de cet acabit, s’il vous plait).
Et aussi parce je n’en ai pas (de commode).

Ce que je fis.

Et de fort belle manière d’ailleurs, dont les détails n’intéressent personne sinon mon époux qui sautera de joie et à ma gorge en découvrant la facture. Ceci étant dit, par respect pour le petit peu d’amour qu’il reste entre nous, et pour ma propension à vouloir tout, à le vouloir tout de suite et de façon immédiate (répétition faite exprès pour appuyer sur l’urgence de la situation, je vous rappelle que mes meubles sont au milieu du salon, il est donc inimaginable de les y laisser), je décidai de ne point me faire livrer et de mes rapporter « mano lomanocléàmolette ».

Ce que je fis.

Hélas (attention, interjection annonciatrice d’un événement bouleversant venant contredire de façon abrupte la douce fluidité d’une journée qui commençait merveilleusement), c’était sans compter, ou plutôt sans mesurer la longueur des morceaux non assemblés qui sont censés composer la bibliothèque et de ceux assemblés qui composent déjà ma voiture, laquelle est de moitié inférieure à la hauteur de la bibliothèque (une petite partie mathématique pour enrichir votre savoir de littéreux, ça peut pas faire de mal).
Ainsi, me retrouvai-je, après un passage mouvementé au service « retrait marchandises » qui se trouvait (le taquin) très très loin de ma voiture, m’obligeant à reconnaître lors d’une traversée épique que je n’avais jamais obtenu le permis chariot, en train de chercher moult méthodes pour faire entrer cette put… de sal… de bibliothèque de mes c… (ceci n’est pas un exercice de grammaire pour les classes primaires) dans ma ch… de m… de voiture de sa … (quoique ça pourrait remonter la côte de l’école auprès de la gent estudiantine).
Je disais donc, le salut se trouvait dans les tendeurs, lesquels serviraient à tenir le coffre à moitié fermé, la paroi bibliothécaire en équilibre en dessous, partant du devant pour finir un mètre en dehors de la voiture, sur les conseils avisés d’un jeune homme (charmant) qui a eu la fameuse idée de me préciser que c’était dommage qu’il n’allait pas au même endroit que moi, et même super pas, parce que lui, il aurait pu les mettre sur sa voiture à lui (j’avoue que ça m’a fait une jambe fabuleuse sur le coup).

Ce que je fis.

C’est alors que (rien à signaler, on aborde la suite sereinement et en sueur) ledit jeune homme, juste avant que je lui décoche le sourire le plus carnassier de la création, voulant à peu de choses près exprimer quelque chose à base de boyaux sanguinolents, de carotide tranchée et toutes ces sortes de choses, me fit remarquer que la route que je comptais prendre était totalement bouchée (joignant le geste à la parole il me montra qu’elle se trouvait juste à portée d’yeux style j’étais un peu conne de pas l’avoir remarqué par moi-même), ainsi je ne risquais rien, quant à la situation bancale de ma voiture-bibliothèque, puisque je ne pourrais pas rouler vite, non en fait puisque je ne pourrais pas rouler du tout.
Je lui exprimai ma gratitude en le maudissant sur une centaine de générations avant de me pencher sérieusement sur le problème des embouteillages, parce que soudainement, s’ajoutait à un problème de taille, un sérieux problème de chauffe.
Ma voiture chauffe dans les embouteillages. Elle s’allume, même, lorsque je cesse de rouler pendant une minute trente, autant dire que l’embouteillage concerné signifiait la panne assurée, à quelque deux heures de l’après-midi, une bibliothèque et une commode en sus.
Bien, jusqu’ici tout va bien, pense celle qui, il y a encore peu de temps fut obligé de s’auto-cambrioler pour pouvoir boire un café en mangeant une brioche.
Je prends donc ma voiture, faisant fi de mes tracas, les doigts croisés, faisant fi de mes difficultés à changer de vitesse avec les doigts croisés (c’est un épisode spécial répétitions que je vous propose aujourd’hui).
Ce fut de mémoire de banlieusarde proche, le plus long embouteillage journalier que j’eus l’occasion de contribuer à fabriquer. Faisant de moi une boule de nerfs à deux doigts de l’arthrite, ou plutôt à quatre doigts, que je n’ai pas décroisé tout le chemin durant, priant tous les Dieux de la création que la petite lumière rouge là ne voulait pas systématiquement signifier « bande d’arrêt d’urgence ».

Ma peur devint panique lorsqu’un jeune homme fort bien fait de sa personne (ce sera au moins ça de gagné dans cette journée) me klaxonna violemment en me faisant de grands signes en direction de mon toit, ne cessant de me dépasser, me laissant prévoir les pires catastrophes dues aux tendeurs qui lâchent, au moteur, qui lâche, à mes nerfs qui lâchent, ou que sais-je encore.
Une bonne minute plus tard (une très longue minute), il ouvrit sa fenêtre pour me signifier que « VOTE PLAGE rair’ cof TOI ! » (Saperlipopette, voila qu’on m’insulte en rastaquouère ! Ou alors il m’invite à la plage, à voter, il me tutoie en plus le bougre !).
« Hein ?!!!! » dis-je, pleine d’esprit d’à propos.
« Votre plage arrière !!! Sur votre toit ! »

Hmpf.

Ainsi, je pouvais d’ores et déjà reconnaître aux embouteillages monstres le privilège de m’avoir évité de perdre le truc qui sert à camoufler mon coffre aux regards des autres, lequel j’avais, selon toute vraisemblance, laissé sur le toit de ma voiture, bien entendu. Car c’est bien connu, « quand on a pas de tête, on a des problèmes » (et non « des jambes », à ma connaissance, parce que si c’était le cas, je serais déjà changée en mille pattes).
Une bande d’arrêt d’urgence plus tard (je SAVAIS que j’y couperais pas), la plage arrière ayant réintégré l’intérieur douillet de mon véhicule, je continuai ma route, avec la sérénité d’un trader de la bourse de Londres en pleine faillite.
Les embouteillements n’en finissant pas de finir, je composai d’avance le numéro d’urgence, la larmiche et le trémollo sur le pied de guerre, prête à pleurer mon beau frère pour qu’il vienne me sauver.

Ce que je ne fis pas.

Car en effet, je réussis par un hasard divin à arriver en bas de chez moi, à monter mes meubles (chez moi) avant de les monter, tout court (mais toujours chez moi en fait).
Il n’y a que peu de choses à dire sur le montage des meubles, sinon que c’est très chiant, en fin de compte, très douloureux sur les mains, très peu pratique lorsqu’on ne dispose pas de toutes les tailles de tournevis, mais aussi très instructif. Car il semble qu’à l’instar des créateurs de chez Disney qui disséminent des images cachées pour s’amuser, les créateurs de meubles Ikéa semblent prendre un plaisir malsain à compliquer les choses, en mettant par exemple une clé spéciale fournie par leur soin, là où un tournevis eut fait l’affaire, laquelle clé est trop grande pour faire le tour, obligeant l’utilisateur à arrêter au milieu, sortir la clé du trou, la remettre un peu plus loin et recommencer la moitié d’un tour (comme les vieux téléphonent, ceux là qui causaient des suicides quand on se trompait de numéro), tout en maintenant avec un tournevis un autre truc dans lequel est censé entrer le vis que nous essayons de visser à raison d’un demi tour par tranche de quatre minutes, autant dire que tout le répertoire de Daniel Balavoine peut se permettre de défiler dans les bouches des star académiciens qui s’époumonent en face de là ou moi, je m’édoigte (je sais que ça se dit pas, mais ça devrait).
Ainsi, donc, les étudiants en lettres intéressés par les indices temporels disséminés dans mes œuvres  pourront déduire que l’action se passe un vendredi de l’année 2005.
Ainsi, il ne me resta plus, aux alentours de minuit qu’à placer les divers objets composant mon salon, tels que la télévision, le téléphone, l’ordinateur, dans leurs meubles respectifs, ou pas, si l’envie me prend de « casser les codes » genre mettre la télé sur le meuble informatique, mes livres dans les toilettes et le papier cul dans la bibliothèque (dans l’état de nerfs où je me trouvais ça n’aurait rien eu de vraiment époustouflant comme décision, quand j’y pense).

Ce que je fis. Mais dans le bon ordre.

Ce que, en revanche, je ne compris pas, c’est pourquoi nom d’un chien, alors que j’ai toujours habité des surfaces modestes, mes prises font-elles plusieurs kilomètres de long ?!!
Et pourquoi, à plus forte raison, dès lors qu’elle ne font pas plusieurs kilomètres de long, elle n’en font que deux millièmes (soit quelques centimètres) et ce quand on décide de placer l’objet juste là où de prise, il n’y a pas ?
Nonobstant, je résistai à l’envie de déménager/casser tous mes meubles/divorcer (ça n’a rien à voir mais fait longtemps que ça me travaille), et continuai ma tâche.
« Super, bravo », mes changements sont fameux, l’appartement paraît plus spacieux et ma bibliothèque est du plus bel effet, pensé-je le lendemain alors que j’étais dans l’incapacité de me lever ou de bouger le moindre muscle de mon corps.

Ainsi, je passai ma journée alitée, regardant mon travail d’un œil oblique (ben oui, je suis couchée, ne l’oublions pas).
Il ne me reste qu’à trouver un solution pour éviter que la prise d’antenne de la télévision ne traverse le salon de part en part, gâchant quelque peu l’effet merveilleusement ordonné que confère ma nouvelle disposition … créant chez les passants des réflexions de style « Putain c’est quoi ce bordel ! » (Stanislas M.), « quel goût ma chère ?!! Mais non je ne ris pas ! » (Théodore M.), ou encore « Trop foooooorte maman, comme ça y’a plus qu’à tirer quand Stan il passe et paf, le Stan !! Mouhahahahaha » (Ferdinand M.)

Quant à moi, c’est pas pour cafter, mais j’ai bien pensé à cracher dans le rôti, ce soir là…

Ce que je ne fis pas, par respect pour moi-même.


 

Anthéa Modernement vôtre…

17.10.2005

Les théorèmes de Gladys. Aujourd'hui : l'étude du fiasco

La théorie : Pour se remettre d'un fiasco interplanétaire de grande envergure, il faut immédiatement réitérer l'acte, quitte à en changer les données.

 

L'exemple : un chute de cheval, une cuite intersidérale.

 

Le remède : tuer le cheval, endiguer l'état nébuleux par un état sur-nébuleux à base d'alcool plus fort et promptement avalé.

 

Appliqué aux relations humaines intersexes dont l'acteur majeur est une femme ou un homosexuel patenté, ce théorème s'appelle : traiter le mâle par le mâle.

 

Il ne s'agit pas de faire insulter le premier mâle, acteur du fiasco par un autre mâle plus coopératif, car ceci pourrait donner lieu à des phénomènes de type bastonade en règle pouvant créer des plaies et bosses indésirables et superfétatoires.

 

Il s'agit de remplacer un acteur par un autre dont les caractéristiques permettent, à première vue, d'éviter les désagréments inhérents à ce qui a causé l'échec de la première expérience avec le premier acteur.

 

Soyons clairs et concis, et passons à la démonstration par l'exemple : prenons une femelle lambda de type tante intitulée pour l'occasion et pour toujours : Anthéa.

 

Mettons là en présence d'un mâle beta-gamma de type "vachement bien gaulé", en créant des conditions d'attirance "plus plus" (au contraire de l'aimant dont le phénomène d'attirance se fait sur le mode "plus/moins").

 

Maintenant, posons leur des handicaps multiples. A ce stade, le choix est large et peut varier, bien que nous ayons une nette préférence pour la succession d'handicap qui rend l'expérience pertinente et en plus, assez savoureuse.

 

Ici, nous aurons : une journée pour le moins merdique et désorganisée donnant lieu à un état de stress palpable pour elle, une forte intimidation due à la perspective d'une action par trop désirée tout autant qu'appréhendée, voire un peu non-désirée (paradoxe très difficile à mettre en place en laboratoire, qui demande la participation d'un esprit particulièrement complexe tel que seule ma tante et quelques rares personnes sont capables de posséder), ajoutons-y un soupçon de vin, connu pour ses propriétés annihilantes sur la libido, un peu de questionnement existentiel et mettons tout cela à bouillir avec une pincée de scrupules au sujet desquelles il est inutile de s'appesantir). Ensuite, minons le terrain avec des objets qui se cassent ou ne fonctionnent pas, et laissons le charme agir...

 

Le fiasco est total.

 

Maintenant, reprenons notre femelle lambda blessée, qui sera alors aux prises avec une multitudes de doutes inhérents à ses capacités d'attachement, de séduction et d'intensité sexuelle (qui pourtant faisaient la fierté de tout le voisinage (ou presque)).

 

Mettons la en présence d'un mâle de type alpha, attirant au degré 2 sur une échelle de 10, mais affublé pour l'occasion d'un esprit agréable, passablement ouvert et suffisamment je-m'en-foutiste, et de nombreux points communs avec la dame, permettant une entente presque immédiate, parce que c’est pas tout ça mais on a pas toute la vie non plus.

 

Nous assistons alors à l’anti-fiasco.

 

Lequel comporte de multiples vertus parmi lesquelles nous soulignons notamment  la possibilité pour la femme d’être entièrement rassurée quant à ses charmes ludiques et autres applications libidesques, appréciant au passage quelques orgasmes bienvenus.

 

Mais ce qui ressort de plus notable, c’est le phénomène dit de « fuite inversement proportionnelle », autrement appelé « ptain féchier » par la population profane des non-scientifiques pratiquants.

 

 

Il semblerait en effet que plus le plaisir est intense de la part de la protagoniste femelle de garder le mâle à ses côtés, plus le temps passe vite, et plus le mâle se montre prompt à vouloir s’arracher. Inversement, moins le mâle est désirable, plus la nuit peut prendre des allures de traversée des steppes russes en trottinette à une roue, et par là même, plus le protagoniste à couilles tend à pratiquer l’incruste sauvage.

 

 

C’est ce qu’on appelle chez nous les professionnels de l’expérimentation scientifique : le dark side of the force ou « revers de la médaille », selon le principe immuable et démotivant que dans la vie, on peut pas tout avoir…

 

 

En espérant vous avoir cultivé au plus haut point sur des sujets dont l’importance n’est plus à démontrer, nous vous prions de croire en notre incapacité la plus fulgurante.

 

 

Gladys Suspecte, docteur es-érarien

08.10.2005

Lorsque je m'essaie aux choses jolies mais ô combien inconfortables

Par : Anthéa Moderne
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C'est épuisant d'être une femme...